Convention de la Diaspora Gabonaise
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Situation socioéconomique

Par Hans MOULEMBOU (Responsable de la Commission Economie-Finances de la CDG)

Gabon : Une crise multisectorielle

Au cinquième rang des pays producteurs de pétrole en Afrique sub-saharienne, le Gabon a connu ces cinq dernières années une forte croissance (6% en moyenne entre 2010 et 2014) portée principalement par les performances du secteur pétrolier (pétrole brut, recherches et services pétroliers et raffinage) qui a représenté en moyenne 80% des exportations, 45 % du PIB et 60% des recettes budgétaires.

Conforté par un prix élevé du baril (entre 80 et 100 USD / baril pendant plusieurs années), le Gabon s’est lancé en 2010 dans une stratégie de diversification de son économie à travers un plan stratégique émergent, par la réalisation de projets pharaoniques d’infrastructures routières, industrielles, et immobilières financées principalement par l’investissement public.

L’effondrement du prix du cours du baril depuis juin 2014 à près de 40 USD / baril et la baisse tendancielle de la production pétrolière (-35 % depuis le pic de 350 000 b/j des années 90) dû à l’arrivée à maturité des principaux gisements ont   fortement affecté l’activité et les finances publiques.

En effet, on observe un fort ralentissement de la croissance partant de 4 % en 2015 à 3.2 % en 2016 et projeté à 4.5 en 2017, et une baisse drastique des recettes pétrolières réduisant de ce fait les capacités d’investissement du gouvernement.

Les tensions budgétaires apparues en mi-2013 ont été marquées par une baisse de   l’excédent brut des comptes publics devenus déficitaires en 2015 en raison de la baisse des recettes pétrolières, mais aussi par des détournements colossaux de fonds publics mis en lumière en 2014 notamment dans le cadre des fêtes tournantes ( sur les 500 milliards F.CFA on parle de  plus de 400 milliards de F.CFA  détournés en dix ans, selon la Direction générale du contrôle des ressources et des charges publiques ) et  enfin par l’accroissement des dépenses publiques ( les investissements ont triplé de 2010 à 2013 ).

Celles-ci ont été principalement causées par le plan stratégique Gabon émergent (PSGE) qui se résume en un vaste chantier d'éléphants blancs (tous les chantiers sont quasiment à l'arrêt) révélant ainsi la gestion calamiteuse des deniers publics: La CAN en 2012 ; la généralisation des primes (PIP) en 2014 puis supprimée en 2015 et la forte hausse de la masse salariale de l'administration inexpliquée en 2015, dont il convient de rappeler que le 06 février 2017, le FMI a mandaté une mission pour auditer cette masse salariale en dépassement de 20 % sur le troisième trimestre 2016 par rapport à la même période en 2015.

Parallèlement la dette publique a progressé de 150 % depuis 2009. Estimée à 50 % du PIB en 2016 selon le FMI (le plafond national d’endettement est de 35 %), son niveau a été largement sous-estimé par le gouvernement qui a annoncé un taux de 39%. On constate aussi une augmentation des arriérés de paiements sur le plan domestique, les fournisseurs de l’état, les remboursements de la tva de nombreuses PME.

Par ailleurs, plus du tiers des ressources propres du budget de l’Etat est consacré au paiement de la dette. En effet, la dette publique représente 36 % des ressources propres inscrites au budget de l’Etat (loi de finances 2015 modifiée).

Ce niveau d'endettement suscite des inquiétudes chez plusieurs analystes à l'exemple des agences de notation qui ont à l’unanimité dégradé la note souveraine du Gabon sur le long terme en 2016 la passant de stable à négative, ce qui a pour conséquence le renchérissement du coût de l’endettement. A noter que la dette publique gabonaise est composée à 85 % de dettes extérieures  principalement sur les marchés financiers.

Tous les voyants macroéconomiques sont au rouge, le pays est dans une situation économique lamentable, empêchant de ce fait sa résilience économique. Avec un taux de chômage de 30% c’est-à-dire plus d’un gabonais sur quatre est sans emploi et un climat des affaires délétère, le Gabon se classe à la 164e place sur 190 pays dans l’édition 2017 du rapport Doing Business (indice de facilité à  faire des affaires, créé par la banque mondiale).
Cette situation a plongé le pays dans une situation économique sans précédent.

Un pays fracturé en deux

À cette crise économique s'ajoute une crise politique avec la réélection d’Ali Bongo avec 50,66 % selon le ministère de l’intérieur en aout 2016, résultat toujours contesté par Jean PING, qui dénonce un coup d’état militaro-électoral. L'Union Européenne dans son rapport mission d'observation électorale remis en 2016 émet elle aussi certaines réserves, en relevant de nombreuses irrégularités, « Ces anomalies mettent en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l’élection » indique le rapport.

L'annonce des résultats de cette élection présidentielle a donné lieu à des manifestations de contestation et à une répression violente du pouvoir en place dont le bilan ,selon la société civile, s'élève à des centaines de morts et de portés disparus.

Le 02 février 2016, le Parlement Européen a condamné avec la plus grande fermeté les violences, violations des droits de l’homme, arrestations arbitraires, détentions illégales et intimidations politiques, demande au conseil européen le déclenchement des Accords Cotonou.

Pour rappel les accords de Cotonou, adoptés en 2000 entre l’UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, sont entre autres construits autour des notions des droits de l’homme, les principes démocratiques et l’état de droit. En cas de non-respect de ses différents principes, des dispositions peuvent être prises dont les règles sont fixées par l’article  2 et l’article 96.

Un système éducatif paralysé

Un système éducatif paralysé

La dégénérescence du système éducatif installée depuis de nombreuses années s’est amplifiée ces derniers mois.

En effet depuis le 09 janvier 2017 on assiste à un mouvement de grève généralisé au sein des établissements d’enseignement secondaire public et privé (90% pour le public et près de 50% pour le privé).  Les différents acteurs de ce mouvement dénoncent le manque d’infrastructures scolaires, le surpeuplement des classes, le matériel inadapté, l’obsolescence des programmes,  la non régularisation des primes des enseignants et  le non-paiement des bourses des établissements secondaire depuis deux ans.

Le bras de fer engagé entre les autorités et les principaux syndicats s’est soldé par :

  • La menace du ministre de l’éducation national dans une circulaire n°00006/MENEC/SG du 30 janvier 2017 de radier les enseignants grévistes et la suspension de leurs salaires
  • La suspension de salaire de 807 enseignants le 25/02/17
  • La dissolution de la Convention Nationale des Syndicats du Secteur de Education(CONASYSED) principale centrale syndicale par décision du ministère de l’intérieur le 17/03/2017 évoquant les « troubles à l’ordre public, entraves à la liberté du travail, avec violence et voie de fait »
  • Les manifestations des élèves à Libreville et dans les principales villes de l’intérieur du pays réprimés par la force.

Un système de santé sous perfusion  

Avec un budget accordé à la santé en baisse de 42% (cf. LF2016) la réalité sanitaire est alarmante.

En effet, malgré le projet de couverture d’assurance maladie universelle mis en place en 2007 qui aura permis de faire progresser le taux d’inscription de la population à un plan d’assurance maladie, les indicateurs sanitaires sont encore loin des niveaux des pays intermédiaires supérieurs. L’espérance de vie à la naissance n’atteint que 63 ans, un niveau inférieur à la moyenne sur cette tranche qui est de 74 ans. Le taux de mortalité infantile à 50,87 % (moins de 5 ans) est comparable aux pays de la tranche inférieure (le paludisme reste la principale cause de décès).

On compte près de 48.000 personnes vivant avec le VIH-Sida selon le rapport sur le VIH 2015 au Gabon. On observe une augmentation drastique du taux de prévalence chez les individus de 15-49 ans passant de 1,2% dans les années 90 à 8,1% dans les années 2000.

Par ailleurs, les maladies non transmissibles l’hypertension artérielle et d’obésité, et les cardiopathies, le diabète, le cancer … sont en forte progression.

Le manque de médecins et de personnel médical formé  ainsi que leur répartition non équitable sur l’ensemble du territoire national réduit considérablement l’offre de santé.

Les logements au Gabon, un constat d’échec alarmant

Une des promesses phare d’Ali Bongo en 2009 était de construire 35.000 logements sociaux durant son mandat. En 2016, on dénombre 3.800 logements soit près de 12% de l’objectif fixé. A noter que certains de ces logements ont été attribués par tirage au sort.

Le Gabon est dans une urgence vitale

La situation socioéconomique est explosive, les populations vivent dans une précarité de plus en plus criarde. Les conditions de vies médiocres, des salaires indécents, l'insatisfaction des besoins vitaux (eau, électricité), le manque d’infrastructures, le manque de qualification à l'heure des NTIC montrent que les défis restent nombreux voir insurmontables vers la marche de l'émergence tant prônée par le gouvernement depuis 2009.

 

 

Principales sources : Autorité gabonaise, estimations et projections Fmi et Coface, Banque mondiale, RFI, Conseil européen, GRIS

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