Convention de la Diaspora Gabonaise
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Situation de l'Etat de droit et de la démocratie

Dans la droite ligne de notre idéologie : La synergie, nous publions cette analyse qui est en phase avec notre regard sur la démocratie et l’état de droit au Gabon, il s’agit d’une solide contribution de notre compatriote (non membre de la CDG)  Evivi Nguéma à qui nous disons merci.

 

Démocratie et état droit au Gabon de 2009 à 2016.

 

Au Gabon à l’instar d’autre pays africains, la Conférence nationale de 1990 qui consacrait le retour au multipartisme devait accoucher la démocratie et l’état de droit. Près de trente (30) ans plus tard, le pays n’a toujours pas connu d’alternance politique en dépit d’une organisation régulière d’élections. En 2009, avec l’arrivée d’un nouveau président on aurait pu espérer une meilleure gouvernance des finances, l’une des meilleures garanties des libertés fondamentales et le respect de la souveraineté des urnes. Ce n’est pas le cas. Hélas, la situation s’est au contraire fortement détériorée. En sept (7) ans le Gabon vient de vivre deux crises postélectorales qui auraient pu conduire le pays dans une instabilité profonde. La récente élection présidentielle très controversée d’août 2016 a même accentué la situation et montré les lignes de fracture de la construction démocratique gabonaise.

Mais loin d’être un épiphénomène, cette crise postélectorale dans laquelle est plongé le pays est un phénomène plus profond: il s’agit clairement d’une crise de la démocratie et de l’état de droit. Que recouvrent ces notions ?

Etymologiquement définie comme le pouvoir du peuple, la démocratie s’appréhende beaucoup plus comme un régime politique qui permet la participation des populations à la gestion des affaires publiques d’une part, et d’autre part comme un système de désignation des dirigeants par les élections.

L’état de droit se définit comme un système institutionnel qui exige de l’Etat et les citoyens à se soumettre à la règle de droit, c’est-à-dire à l’ensemble des lois et normes juridiques. Ce système institutionnel régit le principe de la séparation des pouvoirs.

Outre ce rappel, on peut également dire que la démocratie exige un socle de valeurs et de normes qui ordonne la vie publique d’un Etat. Cette vie publique reste encadrée par des lois et des institutions fondamentales sans lesquelles aucun Etat ne peut se construire solidement. La démocratie et l’état de droit concourent à la construction et à la vitalité des institutions  d’un pays. Dans cette perspective la démocratie et l’état de droit se déclinent pleinement comme un régime politique qui se fonde sur la prééminence du droit sur l’arbitraire, la subjectivité le jugement personnel et la nature des hommes, fussent-ils les plus forts. Un tel système s’oppose donc à la dictature.

En quoi le Gabon n’est-il pas une démocratie et un état de droit ? Quelles peuvent être les principales raisons à cette situation ?

Pour bien appréhender la profondeur de la crise gabonaise et répondre à ces différentes questions cette modeste analyse se propose de mener une réflexion en trois parties. La première partie s’attèlera à décrire la dégradation des libertés fondamentales et l’accentuation de la corruption d’Etat. Ensuite, dans la deuxième, nous nous attacherons à examiner les résistances à l’instauration de la démocratie et l’état de droit. Enfin la troisième partie s’efforcera d’indiquer quelques perspectives pour la consolidation de la démocratie et l’état de droit au Gabon.

La dégradation de la démocratie et de l’état de droit depuis 2009

Restriction des libertés et Etat répressif

 

En 2009 lorsque Ali Bongo accède au pouvoir, le Gabon est, selon l’ONG Freedom House un état « partiellement démocratique »[1]. De 2009 à 2016 la même organisation considère le Gabon comme une dictature (Not Free). L’ONG américaine note en effet un net recul en matière de droits politiques (6 sur 7) et de libertés civiles (5 sur 7)[2]. Autrement dit, le Gabon est devenu en 7 ans une parfaite dictature. Cela peut s’observer dans le domaine de la liberté de la presse, des libertés syndicales, d’expression et de circulation.

En matière de liberté de presse, selon l’ONG Reporter Sans Frontière (RSF) le Gabon a reculé de 5 point au classement. Le pays occupe désormais la 100ème place sur 180 pays et se situe dans la zone orange de la carte mondiale de la liberté de la presse[3]. Les médias représentent des contre-pouvoirs dans une démocratie. Or, au Gabon, la censure et les sanctions en l’encontre des médias se sont accrues depuis 2009. Du bombardement de la télévision privée TV+ aux nombreuses sanctions prises par le Conseil National de la Communication (CNC) à l’encontre des journaux privés comme Nku'u Le Messager, Le Crocodile, Le Scribouillard, L'Ombre, La Nation, Echos du Nord, Le Temps et Gabon D'Abord, les médias qui se montrent critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement. En matière d’accès à internet, l’Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF) livre régulièrement les connexions, à une surveillance des messageries téléphoniques surtout lors des périodes très sensibles comme on a pu le voir encore lors de l’élection présidentielle d’août dernier. S’ajoute enfin à cela, le monopole des médias publics et la propagande quotidienne au profit du seul président de la république. Aucune équité n’est observée dans l’accès de l’opposition aux médias publics comme le prescrivent les principes édictés par le Conseil National de la Communication (CNC).

Outre la liberté de la presse, les libertés syndicales sont également en danger au Gabon. Les récentes suspensions de solde et les radiations contre près de 800 enseignants grévistes témoignent de cette volonté du gouvernement de restreindre les libertés au Gabon. Face aux syndicats, le gouvernement procède systématiquement à l’intimidation. Même lorsqu’il y a dialogue social c’est le plus souvent une occasion de museler et non de résoudre les revendications des syndicats. A l’université, la répression des mouvements étudiants s’est transformée en immixtion quasi permanente de l’armée au sein de l’UOB (Université Omar Bongo) au mépris des franchises universitaires. Cette présence militaire est également visible dans les grands carrefours et les grandes artères de Libreville où sont érigés des postes militaires. Une présence militaire digne d’un véritable état de siège qui ne se justifie pas. En réalité, au-delà de ces restrictions de libertés contre la presse, les syndicats et les citoyens il faut y voir simplement le signe d’une militarisation de l’espace public. Mais la dégradation de la démocratie et l’état de droit s’est accompagnée d’une mauvaise gouvernance des finances publiques avec une aggravation de la corruption.

L’accentuation de la corruption

 

Malgré la multiplication des déclarations et des opérations cosmétiques de lutte contre la corruption, le Gabon ne semble pas prêt à sortir de la zone rouge du classement annuel de Transparency International sur la corruption dans lequel il occupe la 101ème place[4]. Le pouvoir d’Ali Bongo promettait rompre d’avec bon nombre des pratiques de gaspillage et de détournements des biens publics. Malheureusement, le nouveau pouvoir n’a pas été capable d’aller au-delà des grandes annonces et des intentions vertueuses visant simplement à séduire les bailleurs de fonds. Contrairement à ce que l’on aurait pu espérer en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, la situation du Gabon s’est davantage dégradée : le gaspillage dans la gestion des deniers publics, l’enrichissement illicite, les détournements de l’argent public, blanchiment d’argent, biens mal acquis. Depuis 2009 le Gabon n’a cessé de faire l’objet de publications dans la presse comme dans les livres sur les scandales financiers et les malversations de tout genre. Le « scandale de la BEAC » mettant au cœur des proches d’Ali Bongo ou les révélations en 2010 sur l’acquisition dans des conditions floues de l’Hôtel Pozzo Di Borgo à plus 100 millions d’euros (65 milliards de francs CFA) avaient très vite plongé le doute sur la volonté du régime à instaurer une nouvelle gouvernance fondée sur l’éthique et la moralisation de la vie publique. D’autres révélations d’affaires et de scandales ont continué de paraître dans la presse internationale : les affaires dites Seydou Kane ou Maixent Accrombessi dans lesquelles la justice française enquête pour détournements de fonds publics et blanchiment d’argent. Sans oublier l’affaire Delta Synergie, ce vaste système de corruption, de financements occultes et de rétro-commissions opaques. Il s’agit d’un système de prédation de l’économie mis en place par Omar Bongo dans le but de contrôler les entreprises et les banques au profit de la famille présidentielle.

Mais ces affaires choquent surtout quand on sait que le taux de pauvreté de pauvreté s’élève à plus de 30% selon le PNUD et un taux de chômage galopant à plus de 20%. La lutte contre la corruption s’inscrit dans un programme plus vaste de lutte contre la pauvreté. Autrement dit pour un petit pays comme le Gabon doté d’immenses ressources naturelles, lutter contre la corruption c’est aussi lutter en faveur d’une meilleure répartition des richesses du pays. Dans une telle situation un décalage abyssal se creuse encore entre le gaspillage de l’argent de l’Etat et le peuple qui continue de croupir dans la pauvreté. Comment comprendre qu’au moment où le budget de l’Etat n’avait jamais été aussi colossal, l’intérêt général du pays ne fut point la priorité des gouvernants ? On note par exemple que la passation des marchés publics au sein de l’ANGT (Agence Nationale des Grands Travaux) tout au long du mandat (2009-2016) se fit le plus souvent de gré à gré en violation du Code des Marchés Publics.

Par ailleurs, entre 2011 et 2014 le prix du baril de pétrole s’est maintenu au-dessus des 100$. Au cours de ladite période, le Gabon, pays producteur de pétrole, reçût une manne considérable jamais atteinte dans l’histoire économique de ce pays. Pendant 5 ans (2010 à 2015) le Gabon a géré plus de 17 000 milliards de francs CFA. Mais qu’a-t-on fait de tout cet argent ? A titre d’exemple, le projet de la « Marina/Champs Triomphal » fut sans doute le plus emblématique de ces choix hasardeux. En 2012, le gouvernement gabonais décida d’investir près de 60 milliards de francs CFA pour l’aménagement du front de mer de Libreville. Malheureusement depuis son lancement, le projet patine alors même qu’il avait été budgétisé et financé.

La conséquence directe de cette mauvaise gestion et de cette corruption endémique dans la grande majorité des cas c’est le recours à l’endettement et in fine la faillite de de l’Etat. En sept ans le taux d’endettement du pays s’est envolé. Alors que la dette publique du pays allait à la baisse durant la décennie 1999-2009, elle s’est considérablement accrue depuis 2009. Elle dépasse désormais les 4 000 milliards soit un taux de 39% selon le gouvernement, mais beaucoup plus élevé selon le FMI qui le situe à 50% du PIB.

A travers ces quelques observations sur la corruption, la mauvaise gestion des finances publiques et l’explosion de la dette, la question de fond c’est donc celle de la justice et de l’impunité vis-à-vis de ceux qui pillent et gaspillent les deniers publics.

Les résistances et blocages à l’instauration de la démocratie et l’état de droit

La vassalisation du pouvoir judiciaire

 

L’instauration de l’état de droit repose en grande partie sur la qualité et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Au Gabon, si en théorie le principe de séparation des pouvoirs semble acquis, dans les faits cela parait moins évident. Conformément à la Constitution dans son article 69 : « l’autorité judiciaire est exercée par le Conseil Supérieur de la Magistrature qui veille à la bonne administration de la justice et statue de ce fait sur les nominations, les affectations, les avancements et la discipline des magistrats ». Le Conseil Supérieur de la Magistrature est lui-même placé sous l’autorité du président de la république. Ce dernier en est de fait le garant. C’est ce conseil qui veille sur le bon fonctionnement de la justice et procède à la nomination des magistrats.

Mais la justice gabonaise peut se doter de principes rigoureux en théorie, si la première institution du pays, garante de la constitution, n’est elle-même pas exemplaire, l’état de droit ne restera qu’un vœu pieux. La première source d’exemplarité procède de la légitimité du chef de l’exécutif. Le président de la république est élu au suffrage universel direct. Mais si ce dernier parvient au pouvoir par la fraude électorale, comment peut-il être garant de l’indépendance de la justice ? Or au Gabon la politique est omniprésente dans tous les domaines. Une forte proximité entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire.

La Cour constitutionnelle est un exemple qui témoigne de l’omniprésence et de la proximité du politique sur la justice. Marie-Madeleine Mborantsuo préside la Cour Constitutionnelle depuis 1991 en raison de ses liens familiaux et intimes avec le défunt président de la République Omar Bongo. Ce n’est pas le seul cas de liens entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire. Récemment la nomination à la tête de la Cour d’Appel de Sidonie Ouwé, ancienne procureur général de la République et  Ex-ministre proche d’Ali Bongo avait suscité de fortes contestations du syndicat des magistrats. Dans la même configuration, la nomination en qualité de premier président de la Cour d’Appel de Libreville de Madame Paulette Ayo Mba, fille de l’ancien président Léon Mba et soutien affiché d’Ali Bongo avait également donné lieu à de vives critiques. Ces quelques noms sont loin d’être exhaustifs. La proximité familiale ou clanique de certains magistrats avec le pouvoir politique n’est qu’une des facette de l’omniprésence du sur la justice.

Autre facette de cette omniprésence du politique dans la justice, il y a surtout l’instrumentalisation de la justice. Depuis l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir cette instrumentalisation s’est convertie à une véritable vassalisation de certaines institutions judiciaires. La police judiciaire s’est transformée en véritable police politique dont une bonne partie du travail consiste à arrêter les hommes politiques ou les activistes politiques. Avant comme après, chaque meeting de l’opposition de nombreux citoyens sont arrêtés et incarcérés sans mandats d’arrêt. Les convocations devant le procureur sont de plus en plus fonction de l’appartenance des citoyens à des partis politiques de l’opposition. Ce phénomène s’est amplifié à l’approche de l’élection présidentielle d’août 2016. De nombreux citoyens soupçonnés d’être proche de Jean Ping ou Guy Nzouba Ndama font l’objet de procédures judiciaires pour le moins expéditives. La justice a même viré au spectacle et au règlement de comptes. Avant, et surtout après l’élection présidentielle, d’anciens ministres proches d’Ali Bongo ont fait l’objet de poursuites judiciaires pour les faits commis au moment où ils étaient au gouvernement en violation de l’article 78 de la Constitution ; des faits qui ne peuvent être jugés que par une haute cour de justice. Ce fut le cas de Maurice Mabiala, Magloire Ngambia et Etienne Dieudonné Ngoubou.

Par ailleurs, certes, dernièrement ces arrestations et affaires on peut y voir aussi la volonté de juger les « intouchables de la république », il n’en demeure pas moins que cette justice masque mal la volonté de flatter et de séduire l’opinion dans un contexte postélectoral très critique à l’égard du pouvoir en place. En effet, il apparaît que ces affaires judiciaires instrumentalisées tentent de donner une légitimité politique que le pouvoir d’Ali Bongo n’a pas conquise dans les urnes.

 Le mépris de la souveraineté populaire et la confiscation du pouvoir

 

Dans un régime présidentiel, l’élection présidentielle est dans toutes les démocraties la clé de voûte de toutes les institutions. C’est elle qui confère la légitimité au président de la république. Cette légitimité s’acquiert à travers les suffrages des citoyens. L’élection présidentielle est de fait un gage de souveraineté démocratique. Le peuple est par conséquent la condition et l’origine de tout pouvoir démocratique.

Au Gabon, la Conférence nationale de 1990 avait consacré le retour au multipartisme et la possibilité désormais pour le peuple de choisir librement ses dirigeants. Cependant, les différentes élections présidentielles n’ont pas permis de donner une légitimité démocratique à Omar Bongo (1993, 1998 et 2005) et à son successeur Ali Bongo (2009 et 2016) car elles ont toutes été très controversées. L’élection d’août 2016 est à tout égard la plus exemplaire en matière de confiscation du pouvoir par un putsch électoral. Elle a surtout permis de mesurer la faiblesse des institutions gabonaises.

Cette élection présidentielle fut marquée par la fraude et les violences postélectorales. Suite à la proclamation des résultats douteux, notamment dans la province du Haut-Ogooué où Ali Bongo obtint près de 95% des suffrages pour un taux de participation de 99%, des milliers de citoyens gabonais se sont rassemblés dans les rues et le quartier général du candidat Jean Ping. Face à cette mobilisation pacifique des partisans de l’opposition, le pouvoir en place n’a pas hésité à employer la force militaire. La répression fait de nombreux morts et blessés, plus d’un millier d’arrestations et de nombreux disparus. Le recours engagé auprès de la Cour constitutionnelle permit là aussi de mesurer à quel point la première institution judiciaire du pays était partialement acquise à la famille Bongo. La Mission d’observation de l’Union Européenne et les missions diplomatiques ne manquèrent pas de souligner leurs réserves quant à la décision de la Cour constitutionnelle qui n’avait pas permis de lever les doutes sur les fraudes.

L’alternance à la tête de l’Etat est un principe cardinal pour la démocratie. L’alternance au pouvoir permet de faire respirer les institutions. En ce sens, l’alternance est donc vitale à la démocratie. En ce sens, on ne peut parler de démocratie sans alternance politique.

Or le Gabon a vocation, selon sa constitution, à être une démocratie. Mais depuis la mort du premier président Léon Mba en 1967, le pays a été gouverné par Omar Bongo pendant 42 ans et par son fils Ali Bongo. Plus d’un demi-siècle après son accession à la souveraineté internationale, le Gabon continue d’être gouverné par une même famille et un même parti politique. Il y a de ce point de vue un hiatus profond entre les textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement du pays la vie réelle du pays. Autrement dit, sur papier, le Gabon se prévaut d’être une démocratie alors même que le principe d’alternance à la tête de l’Etat reste une vue de l’esprit.

Enfin, l’élection présidentielle dans un pays ne pose pas que des enjeux internes comme la souveraineté du peuple, elle constitue aussi un enjeu international majeur. D’abord pour ce qui est de la sécurité et de la stabilité géopolitique dans la sous-région. Elle pose aussi un enjeu important pour la communauté internationale en matière d’ingérence de droit international comme on a pu le voir en Côte d’Ivoire en 2010 et plus récemment avec le cas de la Gambie.

Au vu de tous ces enjeux au cœur de l’élection présidentielle gabonaise et pour aller vers une démocratie réelle et des institutions fortes, il convient de projeter la réflexion vers des perspectives en vue d’une édification d’une démocratie véritable.

Perspectives pour consolider la construction démocratique gabonaise

 Réformer le cadre constitutionnel

 

La dernière élection présidentielle d’août 2016 a été une énième occasion de poser dans le débat public la question des réformes constitutionnelles importantes pour le pays. A la lecture des projets de société des différents candidats et des différents débats médiatiques, deux types réformes politico-institutionnelles s’imposent :

  • Les réformes du système judiciaire
  • Les réformes du cadre démocratique

Au niveau du système judiciaire il est nécessaire de renforcer l’indépendance des institutions existantes mais de contrôle et de vigilance sur la vie publique. Dans cet esprit la création d’une Commission juridique pour la transparence et la moralisation de la vie publique serait une piste à explorer. Une deuxième piste concernerait la Cour constitutionnelle. Pour une plus grande indépendance de cette Cour, il faudra réviser le mode de désignation de ses membres. En plus des 9 membres on pourrait ajouter 9 magistrats (hors-hiérarchie) élus par leurs pairs. Plus que ces aménagements, il serait temps d’engager une profonde transformation de la Cour constitutionnel et même du pouvoir judiciaire. On pourrait par exemple passer d’une cour à un Conseil constitutionnel ou aller plus loin en optant pour une Cour suprême.

Dans les réformes du cadre démocratique, le système électoral et le mandat du président de la république viennent en priorité. Revenir à un système d’élection à deux tours fait consensus dans toute la société. L’opinion s’accorde également sur la réduction de la durée du mandat présidentielle de sept (7) ans à cinq (5) ans. Enfin, la Commission Electorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP) ne répond pas à la rigueur démocratique nécessaire souhaitée. Elle devrait obéir à une recomposition représentative et plus conforme à la diversité politique et sociale. Une vraie égalité entre les membres de l’opposition et de la société civile parait indispensable. A côté des reformes du système électoral, il y a le cadre démocratique. Il faut donner un statut institutionnel à l’opposition et à la société civile. Deux pistes à ce niveau : une transformation du Conseil Economique et Social (CES) et du Conseil National de la Démocratie (CND). Le CND pourrait devenir une institution constitutionnelle avec à sa tête un leader de l’opposition doté de réel pouvoirs. Et pour ce qui concerne le CES, il serait judicieux d’introduire un mode de désignation plus démocratique des représentants de la société civile. Les membres du bureau du CES devraient être élus par  le collège des associations et des ONG. Enfin, sur le plan médiatique, le Conseil National de la Communication (CNC) en l’état actuel ne peut garantir l’équité dans l’accès aux médias pour tous les bords politiques. Là aussi, le bureau du CNC devrait se faire élire par l’ensemble de la corporation.

Renforcer le rôle de la société civile

 

Le vaste chantier de la construction démocratique et l’instauration de l’état de droit au Gabon fait face à des résistances profondes. Une des solutions à cette situation oblige à reconsidérer le rôle de la société civile.

Au Gabon le monde de la société civile reste encore très embryonnaire avec des frontières mal circonscrites. Dans le registre des associations et ONG qui s’occupent des questions de démocratie et de droits de l’homme on en dénombre très peu. Durant ces vingt dernières années les citoyens se sont davantage impliqués dans les partis politiques que dans les associations de défense des droits humains et les syndicats. Il est impérieux de soutenir et encourager les associations qui militent et luttent pour la démocratie et l’état de droit. Il faut mieux subventionner ces associations au même titre que les partis politiques ou les médias. Les partenariats avec les organisations spécialisées de l’ONU en matière de formation étant peu nombreuses, les associations gabonaises dévouées à la cause démocratique et à l’état de droit gagneraient à multiplier des ateliers et des séminaires de formations.

Mais au cœur de ces associations ce qui est en jeu ce n’est pas seulement la question des contre-pouvoirs mais aussi celle d’une participation plus accrue des citoyens à la vie démocratique du pays. Il s’agit en réalité de l’avènement d’une démocratie plus participative. Cette participation citoyenne plus directe passe nécessairement par l’émergence d’un nouveau type de citoyen gabonais. Ce nouveau citoyen est un citoyen actif. Ce citoyen devra être, de plus en plus, impliquer dans la vie publique du pays par le canal associatif. Cette nouvelle exigence citoyenne et démocratique pousse les citoyens à ne plus se contenter d’assister à des meetings politiques et à voter. Cela appelle une nouvelle conscience politique plus critique à l’égard du monde politique et des dirigeants. En plus de voter, le citoyen conscient doit devra être capable d’évaluer l’action publique des dirigeants.

Pour le faire, le citoyen gabonais de demain ne doit plus se contenter des informations gouvernementales. S’il veut évaluer ce que font les dirigeants, il se doit de prendre connaissance dans les détails les décisions qui sont prises et les analyser pour se faire une opinion objective.

Le citoyen doit s’informer, évaluer, critiquer mais surtout noter et juger les décisions politiques. A commencer par les dirigeants politiques locaux. En exigeant plus de transparence et de rigueur des maires et autres responsables politique de proximité.

Le citoyen peut recourir aux instruments d’interpellation citoyenne tels que les pétitions. C’est autant d’implications et de participation des citoyens qui contribueraient fortement à renforcer le rôle de la société civile en faveur de la construction démocratique gabonaise.

 

 

En définitive, la question de la démocratie et de l’état de droit au Gabon renvoie à de nombreux aspects importants de la vie d’un Etat. En matière de libertés fondamentales la liberté de la presse et les libertés syndicales restent très en danger. Nous avons pu mesurer à quel point la corruption et le gaspillage de l’argent public sont des pratiques qui menacent l’endettement et la paupérisation du pays.

Mais si la démocratie et l’état de droit ne s’enracinent pas au Gabon c’est en grande partie à cause de la fragilité de ses institutions. En premier lieu, la vassalisation du système judiciaire au pouvoir politique. Cette vassalisation s’exprime à travers l’omniprésence  du pouvoir politique dans la justice et l’instrumentalisation d’une justice au service du prince.

La fragilité des institutions s’observe aussi dans l’organisation des élections, notamment l’élection présidentielle. La fraude et la partialité de la Cour constitutionnelle traduisent bien cette fragilité. Cette fragilité est un frein à l’avènement de l’alternance politique au sommet de l’état.

Enfin, nous avons abordé quelques perspectives pour mieux asseoir la démocratie et l’état de droit. D’abord en réformant le cadre constitutionnel et en renforçant la société civile.

Ainsi, si le Gabon peut se prévaloir d’être une démocratie et un état de droit en théorie, la réalité est tout autre. La démocratie et l’état de droit ne se décrètent donc pas. Ils se conquièrent au quotidien par les citoyens eux-mêmes.

Mais dans une Afrique centrale en proie à des régimes autoritaires, l’intégration régionale et l’édification d’un état fédéral africain ne semblent-ils pas compromis ?

 

[1] Chaque année l’ONG Freedom House classe les pays en 3 catégories : les pays démocratiques (Free), les pays partiellement démocratiques (Partly Free) et les pays de dictature (Not Free). Entre 2006 et 2009 le Gabon est chaque année rangé parmi les pays partiellement démocratique. Voir : https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2009/gabon

[2] Rapports consultable sur : https://freedomhouse.org/report/freedom-world/2016/gabon

[3] Classement 2016 de RSF est consultable sur le site de l’organisation : https://rsf.org/ranking. En 2015, le Gabon occupait la 95ème place du classement.

[4] Voir le rapport en ligne : http://www.transparency.org/news/feature/corruption_perceptions_index_2016

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