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Lettre ouverte d’une citoyenne déterminée à Casimir OYE MBA

31/05/2017

Lettre ouverte d’une citoyenne déterminée à Casimir OYE MBA

Paris - La sortie médiatique du 26 mai dernier de Casimir OYE MBA , ancien premier ministre et membre du la Coalition pour la Nouvelle République,  invitant Jean PING et Ali BONGO a un troisième dialogue continue d’alimenter l’actualité politique gabonaise. Nous publions une lettre ouverte d’une compatriote déterminée à M. OYE MBA.

 

Lettre ouverte à M. le Premier Ministre Monsieur Casimir OYE MBA

                 Militer pour un 3ème dialogue, ou l’art du renoncement…

M.le Premier Ministre,

Comme nombre de mes compatriotes, j’ai écouté avec attention mais aussi consternation votre déclaration, et je me vois dans l’obligation de vous interpeller.

Je ne m’attacherai pas ici à revenir sur les conclusions du dialogue initié par Ali Bongo : cet homme occupe de manière illégitime la fonction de chef d’État, son départ est donc non négociable, et constitue un préalable à tout déblocage de la situation politique et socio-économique du Gabon.

Ici, il sera plutôt question d’un énième renoncement, lourd de conséquences pour l’avenir du pays : ce qui à mes yeux s’apparente à une pirouette rhétorique, et qui motive la rédaction de cette lettre ouverte.

Dans votre déclaration du 26 mai dernier, vous appelez Jean Ping, Président pourtant élu, à dialoguer avec Ali Bongo, qui ne se maintient à la tête de notre pays que par la force.

Après être revenu sur les circonstances de la candidature unique de l’opposition (était-ce une faveur que vous faisiez à Jean Ping ?), vous vous attardez sur la situation politico-économique de notre pays, en concluant votre intervention sur des points de politique générale (constitution, cumul des mandats…) et d’Histoire politique (accords de Paris entre autres).

 

En préambule, je tiens à souligner combien je vous sais gré d’avoir consenti à reconnaitre l’énième insulte faite à notre peuple le 31 août dernier : vous rappelez ainsi que « dès l’annonce des résultats le 31 Août 2016, Libreville et Port-Gentil, les deux principales villes du Gabon s’embrasent. D’autres localités de l’intérieur expriment leur colère. Dans plusieurs pays étrangers, les Gabonais manifestent comme jamais auparavant, quelquefois durant plusieurs semaines. (…) Le Pouvoir réagit avec une violence inconnue jusqu’ici : intimidations, ratonnades, arrestations, tueries, sont perpétrées à l’aveuglette un peu partout. Au Quartier Général de Jean Ping, qui rassemblait ses partisans et des leaders politiques venus célébrer leur victoire, des Gabonais tombent. Leurs cadavres sont prestement ramassés, comme des bêtes, et emmenés vers des destinations secrètes. On laissera entendre qu’on cherchait à récupérer au QG de Jean Ping des armes qui y étaient stockées, mais qu’on n’a jamais vues.

(…)

Depuis lors, le pays est divisé entre ceux dont le rêve d’alternance a été brisé et ceux qui croient ou font semblant de croire, pour diverses raisons, en la victoire d’Ali Bongo. »

Vous évoquez ensuite, points tout aussi fondamentaux, « la baisse des revenus tirés du pétrole, les restrictions financières qui en découlent, l’étroitesse de la base économique du pays, les errements et les approximations de la gouvernance générale ».

Autant d’éléments qui, nous sommes tous d’accord, bloquent le pays et le mettent ainsi en danger.

Nombre d’actifs ont quitté le Gabon et font prospérer d’autres États, d’autres entreprises, où ils accèdent souvent à des fonctions d’encadrement, quand ils ne créent pas de l’activité économique en devenant entrepreneurs.

Pourquoi ne le feraient-ils pas au Gabon ? Pour les mêmes raisons que vous avez citées, M. le Premier Ministre : absence de créativité de pseudo gouvernements médiocres, incapables de se remettre en question et d’encourager les initiatives privées.

Persistance du marketing politique, marqué par les effets d’annonces et les maquettes…

Corruption généralisée dans toutes les strates de la société.

Afin d’anticiper la baisse des recettes pétrolières systématiquement avancée comme cause principale de la crise économique gabonaise, l’État aurait dû gérer les affaires en bon père de famille, comme le dit la formule consacrée. Il a au contraire toujours été question de prédation, à tous les niveaux, tout au long du règne des Bongo. Le Trésor Public étant une tirelire et le pays un terrain de jeu privé pour un clan irresponsable, on pourrait opposer qu’un système est un assemblage d’entités. En réalité ce sont bien toujours les Bongo qui règnent encore aujourd’hui sans partage.

Alors à mon tour je vous pose la question : quel Gabonais sérieux, et qui a la possibilité de s’extraire de ce marasme, aurait le souhait de revenir travailler dans de telles conditions ?

Ce n’est donc pas par hasard que le premier employeur du pays est l’État ; État qui, soit dit en passant, n’honore pas ses dettes, plombant au passage le secteur privé qui licencie à son tour !

Cercle vicieux dont nous ne sortirons certainement pas par la grâce d’un énième renoncement, déguisé en dialogue entre un authentique tyran ; n’ayons pas peur des mots, et le Président élu, qu’on ait voté pour lui ou pas.

Alors lorsque vous évoquez la nécessité, l’urgence de la tenue d’un troisième dialogue entre le Président élu et celui qui se maintient au pouvoir par la force, souhaitez-vous donc nous proposer une énième conférence/mascarade nationale ?

Les temps ont changé, M. le Premier Ministre, et les Gabonais aspirent à autre chose qu’une distribution de postes plus ou moins fictifs et de privilèges à quelques happy few sans honneur.

Les Bongo que la Françafrique nous a imposés, ont continuellement trahi le peuple gabonais. Vous avez d’ailleurs vous-même souligné la longévité de la présidence d’Omar Bongo. J’aurais tendance à simplifier votre formule, en évoquant tout bonnement l’insupportable longévité du système Bongo à la tête d’un pays magnifique au potentiel sans cesse gâché.

Qu’ils s’en aillent.

Tout simplement.

Il n’est pas juste « préférable » de « ne pas rester trop longtemps au pouvoir », comme vous l’avez évoqué : la question est ici beaucoup plus cruciale, c’est celle de la démocratie et de la bonne gouvernance !

De même il me parait surjoué, voire naïf, sauf votre respect, de proposer de revenir sur le mandat du Président de la République remanié par la Constitution de 1991 (régulièrement modifiée par la suite) …la question de « la carte électorale, l’organisation judiciaire, le rôle des forces de sécurité, l’organisation des élections, la gouvernance économique et financière, la politique de décentralisation… »

Autant de questions soulevées qui auraient dû être traitées pendant les 40 ans de règne d’Omar Bongo, puis les 7 pendant lesquels son fils a déjà sévi.

Au Gabon, pays membre de l’OPEP que certains veulent faire depuis entrer dans l’émergence, on en est toujours à l’inauguration miraculeuse d’hôpitaux, de tronçons de route, quand on ne construit pas aux frais du contribuable des éléphants blancs (à l’image du projet de la marina qui défigure aujourd’hui le front de mer librevillois).

Alors oui, la situation du pays est urgente, et oui, de sérieux dangers nous menacent. Si je suis en plein accord avec les faits soulevés, je ne le suis pas du tout avec les interprétations que vous en faites.

Faisons un bref retour en arrière :

Lors de la présentation de ses vœux à la Nation marquée par un cynisme peu commun, Ali Bongo a longuement dénoncé la déstabilisation du pays, sous l’impulsion d’« individus irresponsables » évoquant « des discours de haine » et une situation postélectorale « ayant atteint des niveaux de tension inacceptables pour notre peuple. »

Il avait appelé ensuite de ses vœux chacun à œuvrer pour « en toute responsabilité (…) reconstruire ensemble, le lien social et le vivre ensemble qui le sous-tend. »…

L’objectif étant d’aller au-delà de « l’égoïsme, l’égocentrisme et le tribalisme ».

Ultime insulte au peuple Gabonais, Ali Bongo répétait à l’envi « nulle part au monde, la violence n’a accouché d’un paradis. Elle ne peut donc être un mode de règlement des différends sociaux et politiques. »

En invitant les Gabonais à « consolider la démocratie » qu’il viole lui-même régulièrement par les actes qu’il pose, il concluait sur « les valeurs traditionnelles bantues, faites (…) de respect, de tolérance, de solidarité et d’abnégation au travail ».

Cette présentation de vœux avait été l’occasion pour ce dernier d’appeler les Gabonais à participer à un « dialogue ».

Valeurs bantues que vous rappelez à votre tour, dans votre déclaration.

Vous l’aurez compris M. le Premier Ministre, ces parallèles ne sont pas innocents : en mettant côte à côte le texte de votre déclaration et le discours de présentation de ses vœux à la Nation d’Ali Bongo, on ne peut s’empêcher de relever de nombreuses résonnances, et là une autre

question : défendez-vous vraiment l’intérêt supérieur de la Nation comme vous le prétendez, ou plutôt des intérêts partisans, à l’opposé de ceux défendus par le camp présidentiel légitime duquel vous vous êtes pourtant réclamé ?

Soyons factuels, M. le Premier Ministre : nous sommes en 2017 et plus personne n’est dupe grâce à l’évolution des moyens de communication et d’information.

Lorsque vous évoquez les « faucons » du camp de Jean Ping, M. le Premier Ministre, qui sont les vrais « faucons » ?

Ceux qui à longueur d’année se servent dans le cheptel gabonais qu’ils humilient, rançonnent quand ils ne le départissent pas tout simplement de ses organes ?

Ceux qui bombardent un QG de campagne tout en se réclamant de l’Etat de droit ?

Ceux qui modifient les données démographiques d’une province entière au vu et au su de tout le monde, avec le risque gravissime de débordements ethnicistes ?

Ceux qui tirent à balles réelles sur une foule de manifestants, quand ils ne baladent pas des étudiants pour les besoins d’une CAN inutile...

…étudiants qu’ils dispersent sans ménagement à coups de matraque et/ou de grenades lacrymogènes quand ses derniers osent revendiquer leurs droits ?

Les arrestations du samedi 27 mai à Nkembo sont là pour témoigner de l’esprit, de la volonté de discorde de l’état putschiste, n’ayons une fois de plus pas peur des mots.

Enfin, base essentielle de toute république démocratique : un candidat sortant battu, doit quitter la scène séance tenante.

Ainsi va la démocratie dans un pays de droit.

Ce principe n’est pas négociable.

Une fois encore il n’est pas question de radicalité mais de démocratie.

Le Président Jean Ping a été plébiscité par les gabonais, vous le reconnaissez vous-même. La souveraineté du peuple doit donc être respectée.

La seule médiation à avoir aujourd’hui, est donc de déterminer dans quelles conditions les usurpateurs laisseront la place à l’élu du peuple.

Votre déclaration, après celle de M. Moukagni Iwangou et probablement celle de M. Nzouba Ndama qui (on le suppose) ne saurait tarder, relève de manoeuvres de replâtrage de l’ordre ancien, visant à sauvegarder l’intérêt des mêmes avec ou sans les Bongo.

C’est comme si on cherchait à déstabiliser le Président Jean Ping, et par là même à trahir implicitement le peuple gabonais.

On garde de votre propos le sentiment bien amer d’un reniement des valeurs démocratiques dont vous vous réclamez pourtant.

Malgré vos concessions à une vérité qui crève les yeux, vous soutenez implicitement un dictateur qui prend en otage tout un pays en s’accaparant un pouvoir qui ne lui revient pas de droit.
Nous aimerions donc savoir quel est votre degré réel d’implication dans l’opposition à laquelle vous affirmez pourtant appartenir ?
Sentiment bien amer également, lorsqu’en prenant un peu de recul on constate que vous faites des parties lésées (le peuple gabonais et le Président légitime Jean Ping) les causes centrales du blocage national… alors même que les bourreaux se maintiennent en place par la brutalité, par les meurtres, par les arrestations, par les provocations, par l’achat des consciences, par les mensonges éhontés…la liste est encore longue.
On arrive à la conclusion ahurissante que c’est donc la victime qui devient le bourreau !

Alors M. le Premier Ministre, de la même manière que vous faites appel à notre responsabilité de citoyens et à celle des autres acteurs politiques dont le Président élu, je fais appel à mon tour à votre responsabilité d’homme d’Etat et de citoyen gabonais : cessez je vous prie de rejeter la responsabilité des crimes commis sur les nombreuses victimes, en leur enjoignant de dialoguer avec un bourreau qui l’a toujours été, et qui s’est toujours illustré par son refus de la discussion, de la confrontation, de l’honnêteté intellectuelle, comme en témoignent sa violence morale et physique constantes à l’encontre de ce qu’il qualifie comme « son peuple ».

Ce type d’évènement me conforte dans l’idée déjà évoquée par certains que notre lutte sera de longue haleine, jalonnée de trahisons et autres renoncements…pour autant sachez-le, M. le Premier Ministre, comme le dit la formule désormais consacrée dans nos rangs : 2016 (et aujourd’hui 2017) ne sera pas 2009.

 

Dilenga Mfoula

 


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