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« La Diaspora Gabonaise en France vit de plus en plus dans la précarité »

13/04/2017

« La Diaspora Gabonaise en France vit de plus en plus dans la précarité »

Entretien avec Dieudonné MOUSSAVOU, responsable de la commission sociale, éducation et insertion au sein de la CDG.

Il a accepté de répondre aux questions de la rédaction de www.cdg-gabon.com dans le cadre d’une série d’interview qui vise à expliquer au grand public les missions de notre association.

La rédaction de www.cdg-gabon.com :

Bonjour, Dieudonné Moussavou, merci d’avoir accepté de répondre à l’invitation de notre rédaction. Les personnes qui connaissent la CDG ont toujours perçu cette association comme une entité exclusivement politique. En tant que responsable depuis 4 ans de la commission sociale,éducation et insertion au sein de la CDG, que pouvez-vous nous en dire ?

Dieudonné MOUSSAVOU :

C’est moi qui vous remercie pour l’opportunité que vous me donnez d’expliquer à nos compatriotes et à l’ensemble de nos lecteurs le fonctionnement de la commission sociale au sein de la CDG.

Il est vrai que selon les idées reçues, la majorité des personnes qui s’intéressent à l’action de notre association depuis sa création en 2012 considèrent que la CDG n’intervient que dans la sphère politique.

Dieudonné Moussavou

Dieudonné Moussavou,diplomé en sciences pénales et criminelles, criminologie et politiques publiques , Chef de service éducatif de l’espace solidarité insertion et hôtel social dans un organisme social à Paris.

La vérité c’est que notre association fait de la politique dans son sens le plus noble, c’est-à-dire que nous essayons d’agir sur toutes les problématiques de la cité pour apporter des solutions aussi bien au Gabon qu’en dehors. Et la dimension sociale est un pan important de notre action.

Pour répondre à votre première question, je vous précise d’entrée qu’au sein de la commission sociale de la CDG, nous avons deux objectifs importants :

  • Le premier est celui d’apporter un regard critique sur la politique sociale du Gabon, notamment du gouvernement actuel en analysant les politiques publiques sur la protection sociale, c’est-à-dire comment l’Etat assure à chaque gabonais une vie digne, comment  s’effectue la luttes contre les inégalités des revenus, comment l’Etat fait pour réduire la pauvreté dans notre pays . Et sur ce point, le constat est évidemment un échec.
  • Le second objectif, est plus porté sur la solidarité au sein de la diaspora, à savoir : l’entraide, le conseil et l’information afin de faciliter l’insertion et au-delà l’intégration  de la communauté Gabonaise au niveau de la Diaspora.

La rédaction de www.cdg-gabon.com :

Revenons sur le second aspect de votre mission, vous parlez de solidarité, d’entraide et de conseil au sein de la diaspora, comment cela se matérialise ?

Dieudonné MOUSSAVOU :

Vous savez, le triste constat aujourd’hui est que les gabonais quittent de plus en plus leur pays. Traditionnellement, nous venions par exemple en France, pour trois raisons : les études (et les stages), les regroupements familiaux et  la diplomatie. A la fin de nos études ou des missions diplomatiques nous rentrions au pays.

Depuis quelques années, notamment depuis 2009, on observe plusieurs phénomènes. Les jeunes qui terminent leurs études ne sont plus enthousiastes à l’idée de rentrer au pays car il y a très peu de débouchés professionnels, le chômage des jeunes au Gabon de l’ordre de 35% et la situation sociopolitique explosive n’offre aucune perspective à moyen terme.

A ces phénomènes, il faut ajouter le durcissement de la politique française en matière de flux migratoires.

Ainsi donc, la combinaison de toutes ces calamités a pour conséquence  une précarisation manifeste et constatée de la communauté gabonaise en France.

Nous essayons d’apporter une réponse et un éclairage à ces compatriotes en proie à ces difficultés clairement identifiées. Soit sous la forme d’accompagnement dans leurs démarches administratives, par exemple,pour le renouvellement de leurs titres de séjour en préfecture car certains ne connaissent ni leurs droits ni leurs devoirs vis-à-vis du pays hôte, soit par un simple conseil juridique. Il nous arrive aussi d’assister financièrement des personnes frappées par le deuil, ou d’aider des étudiants dans la difficulté pour payer le loyer de leurs chambres universitaires ou pour trouver un stage dans le cadre de leurs études. Et c’est d’ailleurs l’occasion saluer la générosité et la solidarité de nos compatriotes qui nous aident à aider.

Depuis quelques mois, on observe , un phénomène nouveau au sein de la communauté Gabonaise : les demandes de droit d’asile connaissent un bond important depuis les manifestations post-électorales d’août 2016. Ce qui est évidemment une conséquence de la crise politique, sociale et économique que nous connaissons, nous devons donc veiller dans la mesure de nos moyens à nous assurer que ces compatriotes obtiennent ce statut.

La rédaction de www.cdg-gabon.com :

Etes-vous en train de nous dire que la communauté gabonaise vit dans la précarité alors même qu’elle a souvent été perçue comme une des plus aisées en France ?

Dieudonné MOUSSAVOU :

Ecoutez, il y a quelques années, les conditions de vie et la situation administrative des gabonais en France étaient enviables, notamment par rapport à l’accord franco-gabonais de 1960 en particulier la convention d’établissement qui nous donnait le statut de français assimilés avec de nombreux avantages(absence de visa d’entrée,accès sans restriction au marché du travail, accès aux prestations sociales…) Malheureusement ce n’est plus la cas, depuis 1992 nous avons perdu ce statut d’assimilés.

Nous  vous dressons là, le tableau d’une réalité implacable, loin des mirages que nous vend le régime dictatorial de la famille Bongo. Les accords entre la France et le Gabon sont volontairement de plus en plus ambiguës,et désavantageux pour la partie gabonaise, à l’exemple de l’accord sur la gestion des flux migratoires de 2008, pour les étudiants par exemple, cet accord en son article 2.2 stipule qu’un étudiant titulaire d’une licence professionnelle ou d’un diplôme équivalent à un master peut demander une autorisation provisoire de séjour (APS) valable 9 mois et renouvelable une fois, quelque soit la date d’obtention de ce diplôme or certaines préfectures font fi de cela, et exigent que le diplôme ait été obtenu dans un maximum avant la demande d’APS, et beaucoup d’étudiants se retrouvent « sans-papier » ou reçoivent des obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Le nombre d’étudiants gabonais en France boursiers est en perpétuel baisse, le gouvernement gabonais est de plus en plus irrégulier dans le paiement des bourses d’études.Quand le gouvernement ne paie pas aux étudiants leurs bourses, et ne s’acquitte pas des frais de scolarité, que deviennent-ils ? Comment font-ils pour vivre et étudier ?

Evidemment c’est le dernier souci du gouvernement.

Tenez, comme vous le savez nous avons un gouvernement qui se soucie très peu de la vie de sa diaspora et vous imaginez bien que cette situation ne va pas s’améliorer puisque la diaspora dans son ensemble, et en particulier celle de France est rentrée dans une farouche résistance au régime Bongo suite au coup d’état militaro-électoral orchestré par ces dictateurs en août 2016.

Nous devons donc multiplier nos efforts d’assistance, d’information, et de solidarité pour réduire au maximum cette précarité galopante au sein de notre Diaspora.

La rédaction de www.cdg-gabon.com :

Quelles sont donc les actions concrètes que vous allez mettre en place pour endiguer les phénomènes que vous décrivez ?

Dieudonné MOUSSAVOU :

Ecoutez, endiguer est un grand mot, je dirais tout simplement que contenir le phénomène de précarité au sein de notre communauté est une mission extrêmement difficile et donc relativement complexe que la CDG, comme beaucoup d’autres associations d’ailleurs ne peut traiter toute seule.

Au cours de notre dernière rentrée politique en février 2017, le président de notre association, Bruno ELLA NGUEMA qui est un ami de très longues dates, a annoncé une tournée à travers la France pour toucher au plus près les réalités de nos compatriotes et essayer d’y apporter modestement des solutions.

Il s’agira pour nous, d’apporter l’information la plus juste possible concernant les droits et les devoirs de nos compatriotes en France, nous en profitons ici, pour interpeller nos compatriotes et les amis du Gabon qui ont un savoir-faire, une expertise dans le droit des étrangers, dans l’insertion sociale car nous n’avons pas la science infuse. Nous sommes convaincus que la prévention à travers l’information est une des clés essentielles. Nous allons également accentuer nos efforts pour mettre en réseau toute la communauté gabonaise de façon à ce que le principe de solidarité y soit la valeur la mieux partagée. En recensant par exemple tous les chefs d’entreprise gabonais car ces derniers peuvent offrir des possibilités aux couches les plus vulnérables de notre communauté.

Le site internet que nous venons de mettre en ligne nous aidera en permettant d’être accessible à l’ensemble de nos compatriotes et à tous les amis du Gabon.

Bruno ELLA NGUEMA, président de la CDG et Dieudonné MOUSSAVOU en pleine conversation

Bruno ELLA NGUEMA, président de la CDG et Dieudonné MOUSSAVOU en pleine conversation.

La rédaction de www.cdg-gabon.com:

Monsieur Moussavou, nous arrivons aux termes de notre entretien, quel est votre mot de fin ?

Dieudonné MOUSSAVOU :

Nous vous remercions pour la tribune que vous avez offerte à notre commission qui est encore méconnue de nos compatriotes.

Avant de conclure, je tiens tout de même à préciser qu’il existe d’autres commissions à la CDG(Communication et relation publique ; Juridique et affaires administratives ;Economique  et financière ; Stratégique et Politique ; Logistique et Evènementielle ;Industrielle, environnementale et des ressources naturelles, chargées du développement durable).

Je profite donc de cette opportunité que vous m’avez offerte à travers votre interview inviter nos compatriotes à nous rejoindre afin d’aider notre communauté à rester digne dans ces pays qui nous accueillent en Europe ou ailleurs. Ils peuvent nous contacter via ce site ou par téléphone, nous sommes disponibles.

Aujourd’hui, nous sommes quatre à travailler au sein de la commission sociale de la CDG. Il nous faudrait plus de monde car nous sommes confrontés à de nombreux défis et nous n’avons hélas pas toujours tous les moyens et toute l’expertise pour solutionner les problèmes de nos compatriotes.

Depuis le 27 août 2016, la Diaspora Gabonaise s’illustre par une résistance inflexible au régime imposteur d’Ali Bongo. Dans ce noble combat pour la liberté totale de notre chère patrie, la diaspora gabonaise doit davantage faire preuve de solidarité,de fraternité, d’implication et de sentiment d’appartenance à un « NOUS » que l’on soit étudiant, salariés, ou entrepreneurs…

Je souhaite à toute notre communauté tout le courage qu’il faut pour garder notre dignité.


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